Citation à la page :

Oceanie

B. Lekoalin - BLK 2006™                               

Accueil
Inde
Asie
Oceanie
Amazonie
Afrique
Livre d'Or 
 


 

Monnaie de l'île de la Pentecôte
Les montagnes imposantes de la Pentecôte, île hostile et majestueuse dont je rêve depuis mon enfance, surplombent la baie de Melsissi. Je prends possession de mes rêves d’enfant en me mélangeant à la brousse impénétrable. Je peine comme un forçat. Je ne crois pas qu’un chemin comme ça puisse monter autant, qu’un soleil comme ça puisse taper aussi fort, qu’une humidité comme ça puisse tenir dans l’air. Je ne marche plus, je suis mort.
                                                  

 

J’arrive au village exténué, les habits collés à la peau mais j’oublierai tout cela très vite. J’entre dans la hutte, une maison de bambou aux murs de feuilles de cocotier tressées et au toit de fibres végétales tutoyant le sol. Elle est sombre et le foyer posé à même la terre battue a noirci de suie les parois intérieures. Tout du long de la charpente, sont suspendus des sacs en fibres de pandanus tressées dans lesquels repose tout le patrimoine familial (fruits, nattes, ignames, cordages, tarot...). C’est la maison des parents de Fabiola. Les femmes me montrent leurs nattes et toutes de s’affairer à quérir leur dote. Mon choix s’arrête sans hésitation sur une natte sese rouge à franges tressée en brin de pandanus et teinte à réserve taillée dans l’écorce de bananier. Elle a été offerte à sa tante, la mère de Fabiola, par Fernand kawol, le cousin du village voisin de Lekul qui va se marier à une jeune femme de Maewo. Les hommes achètent les femmes en cochon et en nattes qu’ils distribuent aux oncles et aux tantes. La jeune mariée de Maewo après avoir elle aussi distribué des nattes à ses oncles et tantes, apportera à Libacla, sa dote en nattes blanches. Elles seront teintes ensuite. Les nattes faisant office de monnaie, il est très difficile à partir du moment où elles entrent dans le système d’échange; de connaître la personne qui les a réalisées ou celle qui les a teinte. La provenance de ces nattes seule, peut être identifiée comme issue de l’axe Pentecôte, Ambae, Maewo qui représente l’aire culturelle des nattes de la Pentecôte…

La pirogue Sana Oley
Sur le chemin bordé d’aubépines et de manguiers, je rencontre Telma qui m’accompagne jusqu’au village de Sigon Levrir (cargo - bananiers nord est) au bord de mer. C’est Caniceto Belosat (aujourd’hui 31 ans et petit fils de Jean Vidal, le propriétaire de la proue de pirogue) qui m’apporte le naho, un naho qui a navigué. Cette proue de pirogue a appartenu à la pirogue Sana Oley de Jean Vidil (aujourd’hui 81 ans). C’était une grande pirogue à voile qui mesurait 7 m de long. Il a fallu 3 mois à Jean Vidil pour la tailler dans un tronc de Birbir et un mois supplémentaire pour fabriquer son gréement (cordages et voiles). Cette pirogue aurait naviguer jusqu’en 1982 (?). Elle transportait des passagers jusqu’à Malo en 3 heures de temps environ.



Natte Sese de libacla

VANUATU art; TISSUS, VANNERIE
Fibre de latanier, , H:390cm L:85 cm
Libacla, Pentecôte

 

Etui pénien et

ceinture de chef
Big Nimbas - Fibre végétales
H:11 X L:9 cm - Malekula


Naho frégate de la pirogue Sana Oley
Mixte, bois, fibre végétales - H:11 cm L:9 cm
Sigon Levrir - Nouvelles Hebrides - Vanuatu

Le nasara Big Nimbas
Nous marchons dans la brousse avec Guynomer, mon guide, puis nous nous enfonçons dans la forêt équatoriale. Nous devinons une plainte et apercevons à travers les arbres quelques silhouettes rythmant une petite procession par un chant de bienvenue. Nous arrivons à leur nasara dans la forêt équatoriale. Les hommes sont presque nus, un étui pénien végétal relevé et fixé à la ceinture entoure leur pénis. Ils portent tous des brassards de fibres végétales qui tombent le long de leurs bras. D’étroites nattes tressées entourent les hanches des femmes. Le visage buriné, les seins nus et lourds, plombés de larges aréoles brunes; elles restent à peine en retrait.

Il se met à pleuvoir. Le chef jean Marc nous invite à nous abriter sous le Kamal. Nous discutons de leur vie quotidienne, de la circoncision des prochains enfants, des préparatifs de mariage qui s’annonce... la pluie s’est enfin calmée. Le chef jean Marc avec un sourire lumineux, empaquette sa ceinture dans une feuille de bananier et me la tend.


À peine sortis de la forêt, la pluie tropicale se met à tomber fort. L’atmosphère est lourde et étouffante. La pluie est très mouillante et transperce nos vêtements déjà en âge. Nous ne marchons plus, nous coulissons et disparaissons dans l’atmosphère moite et embuée de la brousse. Nous devenons la pluie, les fougères ruisselantes et les arbres mouillés. Nous n’entendons plus nos pas, que le chant lancinant de la pluie. C’est ainsi que le village des Big Nimba se défait de nous, retourne à son acontemporanéïté et nous renvoie dans le monde moderne.

 

 

 

Intégrale du carnet de voyage au Vanuatu
(téléchargement au format Pdf -Adobe reader)
 

                          

 

[Accueil][Inde][Asie][Oceanie][Amazonie][Afrique][Livre d'Or]